Actualités

Commentaire n° 489, 15 janvier 2019

Retirer les troupes ? Les choix impossibles

mardi 7 mai 2019   |   Immanuel Wallerstein
Lecture .

C’est Colin Powell, je crois, qui a dit qu’envoyer des troupes sur un théâtre de conflit était facile, mais les en retirer quasiment impossible.

La situation actuelle au Moyen-Orient illustre cet axiome à la perfection. Le président Trump, comme ses prédécesseurs, avait promis de retirer les forces américaines de Syrie. Il réitérait cette promesse récemment encore. Et puis – là encore comme ses prédécesseurs –, voyant quelles oppositions provoquait la mise en œuvre de cet engagement dans tous les secteurs du spectre politique, il lui a bien fallu revenir sur sa parole. Ce qu’il a fait à travers une redéfinition des délais que pourrait nécessiter un retrait effectif.

Quand on demande aux gens s’il faut ou non retirer les troupes de Syrie, leur réponse dépend du moment plus ou moins éloigné dans le passé auquel ils situent le déclenchement de la situation actuelle.

Ce moment appartient à un passé très récent pour certains, extrêmement ancien pour d’autres. Selon moi, la situation dont personne ne peut aujourd’hui se dépêtrer trouve son origine il y a plusieurs siècles au moins. La présence des États-Unis au Moyen-Orient participe d’un impérialisme général – lequel s’exerce donc partout dans le monde, y compris au Moyen-Orient.

On ne peut comprendre la position adoptée par différents États et de nombreux acteurs non étatiques si l’on ne voit qu’ils incarnent des tentatives diverses de faire échec aux intrusions impérialistes dans leurs affaires.

La seule possibilité qu’ont les États-Unis de s’extraire de ce conflit est de renoncer aux politiques impérialistes. Ce renoncement sera extrêmement douloureux, non seulement pour eux mais pour presque tous les habitants de la région. Il n’existe aucun moyen d’y échapper. La douleur sera intense et immédiate, mais c’est le moindre mal possible. Il faudra bien en passer par là, sinon elle ne cessera jamais. Les choix seront toujours de mauvais choix.

Est-il concevable que les impérialistes cessent de l’être ? Sans doute pas. Se peut-il que leurs multiples victimes se réjouissent du retrait des puissances impérialistes même s’il a pour conséquence une aggravation de leur situation immédiate ? Peut-être.

Il n’y a pas de bon choix, pas de choix indolore, seulement un ajustement de long terme à une situation plus équitable.

 

Traduction : Christophe Rendu

© Immanuel Wallerstein, distribué par Agence Global. Pour tous droits et autorisations, y compris de traduction et de mise en ligne sur des sites non commerciaux, contacter : rights@agenceglobal.com1.336.686.9002 ou 1.336.286.6606. Le téléchargement ou l’envoi électronique ou par courriel à des tiers sont autorisés pourvu que le texte reste intact et que la note relative au copyright soit conservée. Pour contacter l’auteur, écrire à : immanuel.wallerstein@yale.edu.

Ces commentaires, bimensuels, sont des réflexions consacrées à l’analyse de la scène mondiale contemporaine vue dans une perspective de long terme et non de court terme.





A lire également